Épisode 76Gaëlle Pineda, sémiologue, dévoile l’inconscient collectif associé aux mots « vieux » et « vieille »

« Quand on est sémiologue, on ne se fait pas que des amis, car on met à jour la partie implicite de la communication ».

C’est tout à fait ce que je souhaitais explorer avec Gaëlle Pineda, co-fondatrice du cabinet d’études conseil spécialisé en sémiologie narrative et culturelle Sémiosine, invitée de cet épisode 76. Je n’ai pas été déçue !

Je voulais comprendre pourquoi la société française peine à utiliser les mots vieux et vieille et recourt à des substituts (les aîné.es, les anciens, les vétérans, les boomers, les personnes âgées, les seniors, les nold, les expérimenté.es. … ).

Gaëlle indique que les représentations culturelles liées au vieillissement sont si négatives – déclin, décrépitude – qu’on préfère adopter une posture d’effacement et de contournement avec des mots édulcorés qui sonnent plus doux.  Le mot « senior » , qui puise son origine dans les milieux sportifs ou dans le monde des entreprises, serait plus positif mais tout autant réducteur.

A ma question « quels sont les mots à privilégier ? », Gaëlle répond : tous ou aucun, selon le contexte ! Elle pense qu’il faut plutôt veiller à bousculer les stéréotypes afin que des nouvelles images s’imposent, plus en phase avec la réalité des vieilles et vieux d’aujourd’hui.

Je l’ai bien sûr interrogée sur ce mot « vieille ». Depuis Ronsard, rappelle-t-elle, la jeunesse est associée à beauté, et la vieillesse à la laideur (des femmes !). Le mot vieille renvoie au corps des femmes alors que le mot vieux s’attache plutôt à l’état d’esprit des hommes.

Pour terminer, Gaëlle présente les conclusions d’une étude réalisée à la demande de l’AAFA –Tunnel de la comédienne de 50 ans qui avait demandé à Sémiosine d’analyser les représentations des femmes de plus de 50 ans dans les films français du box office 2022. Sans surprise, les rôles confiés aux femmes de + de 50 ans sont peu nombreux, les représentent dans la sphère intime et toujours soucieuses du bien-être de leur entourage. Même dans les films où les femmes sont les héroïnes principales, la femme reste une créature sous l’emprise de ses émotions quand l’homme est un être de raison, ou une tentatrice vengeresse dont les hommes seront toujours les victimes.

Voilà un épisode tout autant puissant que décoiffant !

REFERENCES

  • Sur le podcast Plaff, deux épisodes enregistrés avec deux comédiennes de l’AAFA
    Femmes invisibles, la disparition des femmes de + 50 ans dans les fictions
    Episode 19 et Episode 20

  • C’est pas demain la vieille travail photographique de Sandrine Alouf à consulter sur Instagram

  • Podcast de 12 épisodes de Laetitia Vitaud, Katerina Zekopoulos et Caroline Taconnet
    Vieilles en puissance