Les stéréotypes liés au genre formatent la ménopause

L’interprétation de la ménopause par les médecins varie selon les lieux et les époques. Au risque d’occulter la diversité du vécu  des intéressées ?  

Les quatre épisodes consacrés à la ménopause dans La Série documentaire de France Culture m’ont beaucoup intéressée.

Les femmes ménopausées, grands-mères stériles pour perpétuer l’espèce ?

C’est le second épisode qui m’a le plus intriguée : pourquoi seules les femmes, certaines espèces de baleines et les orques, sont les seuls mammifères où la fécondité féminine est limitée dans le temps (ce qui n’est pas le cas chez les grands singes) ? Les Darwinistes s’interrogent sur ce qui semble a priori contreproductif vis-à-vis de la perpétuation de l’espèce. Ils émettent une hypothèse dite « de la grand-mère ». Il serait plus intéressant en termes de survie que les femmes consacrent la dernière partie de leur vie à la transmission des traditions et à l’assistance dans la tribu plutôt que de continuer à enfanter.
Je me suis quand même posé une question : dans l’histoire de l’évolution, ce n’est que très récemment que l’espérance de vie des humains a dépassé la cinquantaine, âge de la ménopause. De même, les femelles grand singe n’ont pas de ménopause car leur espérance de vie est d’environ 40 ans. Pour moi, il n’y a donc pas tant de rôle de leadership mamy-maternisant (qui me semble assez stéréotypé) à inventer, sinon que les vaccins et les antibiotiques ont bouleversé un ordre naturel prévu avec un nombre d’ovules lié avec une durée de vie correspondante.

Une maladie (selon les médecins) ou une transformation ?

Par contre,  l’intervention de la sociologue Cécile Charlap donne une réponse à la question omniprésente dans Plaff : « pourquoi le vieillissement semble affecter plus précocement et plus brutalement les femmes que les hommes, en particulier au travail ? »   Je reprends les termes dont elle a usé dans cette interview. Dans la conception occidentale et médicale, la ménopause n’est pas interprétée comme une transformation hormonale mais comme une perte, établie à partir d’un standard correspondant aux taux hormonaux des femmes en période de fécondité, comme si le corps fécond était la norme. Si j’ai bien compris, les médecins, en décrivant la ménopause comme une pathologie, des symptômes invalidants, des carences, des risques etc. concourent aux représentations du vieillissement féminin qui se traduisent par une perte plus rapide de leur valeur sociale. 

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